Découvrez l'interview de Kilian Jornet par Snowleader !

 

Lors du Big uP & Down 2016 dans la station des Arcs, Kilian Jornet nous a accordé quelques minutes pour une interview. Il revient sur ses débuts en ski-alpinisme, nous explique la façon dont il travaille au quotidien, et ses ambitions pour les années à venir.

Multiple champion du monde de ski alpinisme, 3 victoires à l'UTMB, 3 victoires à la Pierra Menta, plus de 25 records du monde battus….un palmarès énorme pour "l'utra terrestre" !

Kilian Jornet

Voici la retranscription de l'interview :

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m'appelle Kilian Jornet, je suis originaire des Pyrénées catalanes, ça fait une quinzaine d'années que je pratique le ski alpinisme et le trail running en compétition.

D'ou te vient cette passion pour le ski alpinisme ?

La montagne, naturellement, parce que mes parents faisaient de la haute montagne, du ski alpinisme. Depuis petit, j'ai commencé à faire du ski de fond quand j'avais 2 ans et puis comme il n'y avait pas de matos adaptés pour les gamins jusqu'à mes 5-6 ans, je me souviens qu'on me mettait des peaux de phoque sous les skis de fond et puis mes parents amenaient mes skis alpins au sommet et je faisais la descente avec.

Qu'est-ce que te plait le plus dans le ski alpi ?

Ce qui me plait le plus dans le ski alpi c'est la liberté que ça donne. Ca permet juste avec tes moyens, tes pieds et tes jambes, de voyager dans les montagnes, d'aller ou tu veux…de voir un sommet, de dire " je vais allez la" sans rien de plus que tes pieds et tes jambes tu peux y arriver !

Quel est l'endroit le plus beau que tu as fais en ski de rando ?

L'endroit le plus beau, je dis toujours " c'est l'endroit de demain", celui qui nous fait rêver, celui où tu as envie d'aller. Partout dans le monde il y a des beaux endroits pour le ski alpinisme. J'ai des supers souvenirs dans l'Himalaya, j'étais là-bas en 2012 en hiver et c'est vraiment des paysages qui sont énormes. Sinon la Norvège en général, c'est des paysages avec la mer, les montagnes très alpines, c'est des paysages magnifiques !

Entre tes débuts et maintenant, quelles évolutions majeures tu as remarqué ?

Beaucoup d'évolutions. Sur le matériel, quand j'ai commencé les skis très légers pesaient 1kg. Aujourd'hui, on est à des skis de 750g et qui ont une meilleure skiabilité ça a beaucoup évolué sur le poids, des nouveaux matériaux : du carbone sur les chaussures, des skis avec des structures qui sont très différentes. Quand j'ai commencé il n'y avait pas de carving aujourd'hui tous les skis sont en carving, il y a du rocker, il y a des matériaux très légers mais qui ont une grande skiabilité. Les chaussures pareils : très rigides et solides, elles ne cassent pas !

Comment tu travailles avec ton sponsor Salomon ?

Ils ont un service Athlètes qui est très proche, tant pour le trail que le ski maintenant, on travaille directement avec des ingénieurs, on a des idées ensemble, on échange par des meetings ou des mails. Ils font un prototype, on teste, on modifie des choses jusqu'à arriver au produit qui nous convient. C'est vraiment un travail très proche entre les ingénieurs et moi. Si le produit est bien, ça passe au niveau du marketing et la production, pour une commercialisation. C'est la même chose pour le textile, c'est plus rapide car les protos peuvent être faits plus rapidement et c'est plus facile de changer les idées.

Est-ce que tu as des limites ?

Des limites il y en a, il y en a pleins ! On est des humains, on a des os. Si je saute 5m, je vais me tuer parce que le corps il est fait comme il est fait. Il y a des limites physiologiques, on peut pas courir à 60km/h comme d'autres animaux peuvent le faire. Ce qui est intéressant surtout dans les sports qu'on pratique c'est pas seulement les limites physiologiques mais c'est l'imagination qui nous permet de faire des choses : trouver des lignes, trouver des idées d'enchainement…c'est ici ou la limite n'existe pas.

Quand tu as une baisse de moral, un échec, qu'est-ce que va t'aider à te ressourcer ?

Je suis pas trop sociable, donc quand j'ai passé beaucoup de temps avec des gens, j'ai besoin d'aller en montagne pour moi même, être une semaine tout seul ou avec un ami, avec ma copine. C'est ma ressource, être en montagne mais tout seul !

Quand tu etais jeune tu avais une idole?

J'ai jamais eu d'idoles vraiment, mais des inspirations, des gens. Quand j'étais jeune au niveau sport il y avait Bjorn Daehlie qui gagnait tout en ski de fond et c'était une inspiration. En alpinisme, il y avait Messner, Bonatti et des gens plus proches qui m'ont emmené en montagne. Je pense à Jordi Tosas, Corominas, Simon Elias… c'est eux qui quand j'étais jeune m'ont pris, m'ont amené en montagne et c'est grâce à eux que j'ai appris ce que je peux faire aujourd'hui.

Quelles personnes tu as envie de plus impressionner ?

Personne. C'est facile à dire car j'ai bien réussi dans ma carrière sportive du coup la pression n'est plus là. Je fais une course, si je gagne, c'est bien, si je gagne pas, c'est bien aussi. Donc j'ai la chance de pouvoir faire des choses pour moi même, de pas avoir besoin de faire des choses pour vivre ou pour impressionner.

Tu te vois ou dans 10 ans ?

Je me vois en montagne. Je dis toujours, je vais courir jusqu'à ce que je puisse plus courir, je vais marcher jusqu'à ce que je puisse plus marcher et puis après je vais regarder quand même les sommets. Je me vois entrain de faire la même chose, peut être pas dans la première ligne médiatique mais faire la même chose pour moi.

Tu as un médecin ou un nutritionniste qui te suis ?

J'ai un médecin qui nous suit, qui nous fait les tests d'effort une ou deux fois par an et puis après si on a un problème, une chute, on peut l'appeler pour faciliter un peu les choses : trouver un docteur, pour une opération… Sinon, je n'ai pas de nutritionniste mais j'essaye de manger sain !

 

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