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Interview Mathis Dumas

Mathis Dumas-Objectifs au sommet

Découvrez l’interview de Mathis Dumas, photographe outdoor et guide de haute montagne, mais aussi ambassadeur de la marque Scarpa et membre de la Rebloch’team Snowleader. Un échange autour de son quotidien passionnant suspendu dans le vide avec une caméra à la main.

capteur d’instants magiques

Propos recueillis par Scarpa / Photos : Mathis Dumas, Jordan Manoukian

Salut Mathis, pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Portrait Mathis Dumas

Hello, moi c’est Mathis Dumas, j’ai 26 ans, je suis originaire d’Ardèche, et je vis maintenant sur Chamonix. Je suis photographe et guide de haute montagne.

J’ai été membre des équipes de France de cascade de glace (j’ai pratiqué à haut niveau pendant 5 ans). Maintenant, je pratique toutes sortes d’activités outdoor: ski de randonnée, parapente, alpinisme… de façon assez intense, plutôt à haut niveau et un peu partout dans le monde.

Depuis combien de temps es-tu spécialisé dans la prise d’images en montagne? et comment t’es venue l’envie d’allier cette double activité guide de haute montagne et photographe ?

Cela fait à peu près 5 ans que je me suis spécialisé dans cette discipline. Au début, c’était vraiment quelque chose que je faisais par passion, pour partager mes propres aventures en montagne avec ma famille. Du coup, je le faisais plus pour documenter mes courses et mes sorties en montagne. Au fil du temps, ma prise d’images s’est professionnalisée, jusqu’à aujourd’hui, où j’en ai fait mon métier. 

La photographie est quelque chose qui se combine parfaitement avec le métier de guide. Nous sommes souvent dans des endroits extraordinaires, aux bons moments, aux bons endroits, avec de belles lumières… Là où tout est parfait pour faire de belles images finalement. Donc c’est une double activité qui se combine plutôt très bien.

Comment t’organises-tu lorsqu’on te commande un projet photo/vidéo en montagne? Quels sont les paramètres les plus importants lorsque tu planifies un shooting? (les lumières, le moment de la journée, le matériel, le lieu, le temps…).

Cela va dépendre des athlètes avec lesquels je vais aller en montagne. Est-ce que ce sont plutôt des skieurs, des grimpeurs, des alpinistes, traileurs, parapentistes etc… En fonction de l’activité qu’ils pratiquent, on va s’orienter vers des lieux de shootings différents. 

Il y a pas mal d’endroits très connus et répertoriés qui marchent très bien pour faire de la vidéo ou de la photo, qui sont assez faciles d’accès, spectaculaires et où le décor est vraiment splendide. Mais parfois, il faut plutôt innover, aller chercher des endroits inédits, de nouveaux spots pour faire des images. Souvent je repère au préalable lorsque je fais des courses avec des clients, ou lorsque je pratique à titre personnel. Cela me donne des idées de lieux où aller pour faire des photos. 

Mathis Dumas en action

Une fois que l’on a défini le lieu, le second élément, souvent le plus important, c’est la météo. Est-ce qu’il va faire beau, est-ce que l’on va avoir des nuages…? Sachant que même s’il ne fait pas beau, cela peut donner des ambiances qui peuvent être intéressantes à mettre en images. En général, je prévois 2 ou 3 endroits différents qui après se confirment (ou non) selon la météo, afin de ne pas prendre de risque.

Une fois que le lieu est validé, on va pouvoir organiser le matériel et le timing à avoir sur la journée. Par exemple, pour une course d’arête en alpinisme, il va falloir se retrouver au bon moment, au bel endroit (le plus spectaculaire) pour avoir les plus belles lumières. Il faut donc calculer le timing, et déterminer les horaires du shooting en fonction (heure de départ, vitesse de progression, nuit en refuge…). 

Enfin, il y a toujours la magie qui opère de temps en temps. Des fois, c’est bien de ne pas tout planifier, laisser de la spontanéité, pour se laisser surprendre et avoir une part de créativité. 

Comment choisis-tu tes équipements de montagne par rapport aux contraintes de ton métier (poids du matériel, conditions climatiques…)?

Le matériel, autant pour la photo que pour l’alpinisme, est hyper important. Il faut que tout soit optimisé en termes de poids, d’apport de chaleur… Rien n’est laissé au hasard et je suis obligé de m’équiper avec le meilleur matériel. Il n’y a pas de compromis à faire là-dessus et c’est aussi comme ça que je choisis mes partenaires en termes d’équipements. Je dois faire confiance à 100% au matériel qu’ils me fournissent. 

C’est la même chose au niveau du matériel de photo, si je fais des images d’athlètes dans des endroits extrêmes, qu’ils prennent des risques énormes et que mon matériel ne suit pas, c’est hyper frustrant, et c’est presque un manque de respect. Donc c’est indispensable pour moi de disposer du meilleur matériel.

Mathis Dumas shooting

Le jour du shooting, as-tu une certaine forme de pression ? Comment gères-tu les aléas ?

La pression, je la gère plutôt bien. C’est ce qui me stimule. Plus tu prépares ton shooting, plus tu anticipes les paramètres, plus tu es confiant le jour J. Si tu sais où tu vas aller, si tu sais que tu as plusieurs options, que tu vas pouvoir t’adapter en fonction de la météo et des conditions réelles sur le terrain, la pression va finalement disparaître. C’est tout ce travail de préparation en amont qui va aider à lever la pression et donc être serein pour que tout se déroule bien le jour J.

Après, les aléas arrivent toujours, on peut oublier du matériel, ne pas avoir une météo exacte au bulletin… Dans ce cas là, il faut réussir à se retourner, c’est là où le côté créatif entre en jeu. C’est par exemple se dire “je voulais faire des images de lever du jour et au final il y a un voile nuageux qui tue la lumière”, donc il va falloir trouver des astuces, demander aux athlètes d’allumer des frontales pour créer un effet… Surtout ne pas être fataliste et essayer des alternatives et toujours réussir à retranscrire positivement ce qui est vécu, cela fait partie du jeu !

Tu as réalisé un shooting récemment pour la chaussure Ribelle Tech 2.0 : peux-tu nous raconter les coulisses d’un shooting produit en haute montagne ? Comment réussis-tu à faire ressortir les caractéristiques techniques des produits en images ?

Ce shooting a été réalisé au mois d’août avec Mathieu Maynadier et Fanny Schmutz. Nous sommes allés à Helbronner (le côté italien de la Vallée Blanche). Nous avons grimpé autour du Petit Flambeau, qui est une toute petite montagne rapide d’accès depuis la benne, ce qui nous permet d’être vite en place et efficace sur un shooting de ce style. 

Pour la Ribelle Tech 2.0 il fallait montrer tous les aspects de la chaussure autant en neige qu’en rocher, qu’avec des crampons. Nous avions donc besoin d’un terrain varié, mixte. Ce lieu fonctionnait très bien parce que l’on pouvait retrouver autant des arêtes enneigées, des pentes en glace, que des arêtes en rochers. Cela permettait de bien mettre en avant toute la polyvalence du produit, sans aller dans un endroit trop extrême ou éloigné.

Mathis Dumas shooting Scarpa

Pour réussir à faire ressortir les caractéristiques du produit il y a 3 paramètres importants:

  • Bien maîtriser le produit : vu que je les utilise déjà à titre personnel, je connaissais bien ces chaussures et son type d’utilisation.

  • Le cadrage de l’image : réussir à mettre en action les athlètes pour qu’ils ressentent vraiment le produit, ses propriétés et sa technicité.

  • La retouche d’image, pour que le produit accroche l’œil, notamment faire en sorte que les couleurs ressortent bien…

Mathis Dumas shooting Ribelle Scarpa

Comment t’es venue l’idée de faire le film “Out of Frame” ? Quelle histoire voulais-tu raconter à travers ce film?

L’idée était de montrer ce qui se passe derrière toutes les productions de films ou de contenus en haute montagne. Nous voulions mettre en lumière tout le travail de préparation en amont, les personnes qui travaillent “dans l’ombre”, ainsi que toutes les complications/contraintes que l’on peut rencontrer. Il faut souvent être quasiment aussi fort que les athlètes que l’on doit shooter, car on se retrouve dans les mêmes endroits, les mêmes situations qu’eux pour être capable de les prendre en photo. 

Qu’est-ce-que cela fait de passer de l’autre côté de la caméra avec ce film ?

Pour moi ça n’a pas été facile de passer devant la caméra car ce n’est pas simple de se retrouver dans le rôle d’acteur, encore moins d’être l’acteur de sa propre vie ! Mais c’était une expérience très intéressante, qui m’a beaucoup appris à la fois pour réaliser des films, mais aussi pour aider les personnes qui sont mises en scène à gérer le fait de se retrouver sous l’œil d’une caméra.

Mathis Dumas out of frame

Qui sont tes sources d’inspiration au quotidien? As-tu des modèles, tant dans le monde de l’alpinisme/ski que de la photographie?

Mes sources d’inspiration au quotidien viennent de plein de sports. Je suis beaucoup d’athlètes de haut niveau autant dans le surf, le snowboard, le VTT, le parapente… des sports dans lesquels je gravite aussi. J’essaye de transposer ces influences sur ce que je fais en montagne. 

Mes références en alpinisme sont Ueli Steck, et plus récemment David Lama (qui ont malheureusement eu tous deux des accidents en montagne). Mais ils restent des sources d’inspiration énormes, tant dans leur façon de pratiquer que de communiquer.

Dans le milieu du ski, je pense à Vivian Bruchez, Jeremie Heitz ou Sam Anthamatten. Ce sont des gens très inspirants dans leur pratique et qui à mon sens, sont en avance sur leur génération. Côté photographie, ce sera surtout des photographes américains comme Jimmy Chin ou Tim Kemple que j’admire beaucoup. 

Mathis Dumas Vivian Bruchez

Quel est ton plus beau souvenir en montagne? en prise d’images ?

Mon plus beau souvenir en montagne c’est mon expédition au Népal (région du Chamlang), l’automne dernier, où j’ai pu faire des images à 6500m d’altitude. C’est un souvenir marquant, car prendre des images à ces altitudes est à la fois difficile et magnifique. Il y a tellement d’efforts derrière une photo. Sur le moment c’est hyper dur physiquement et mentalement, mais après, avec le recul, ça devient un beau souvenir car ce sont des images uniques, qui sont tellement fortes de sens. 

Ce sont des lieux où l’on ne va qu’une seule fois dans sa vie, et qui n’ont certainement jamais été photographiés. Cela combinait autant la performance physique que celle sur la prise d’images. 

Lorsque tu prends une photo en montagne, qu’est-ce-qui est le plus important pour toi ?

J’essaye de retranscrire l’émotion du moment. Je me focalise souvent sur la lumière, les couleurs qu’il peut y avoir à un instant donné. Parfois même, un paysage un peu “anodin”, mais avec des couleurs particulières, peut devenir très beau. C’est quelque chose qui est éphémère, qui ne se reproduira peut-être plus. Quand il s’agit de photo d’humain, j’essaye de retranscrire quelque chose de vrai, qui ne soit pas “posé”, mais en mouvement, naturel.

Mathis Dumas photographie

Quels conseils donnerais-tu aux amateurs de photo pour réaliser un beau cliché en montagne ?

Mathis Dumas

Le petit tips c’est de faire des photos aux heures “dorées” (ou “Golden hours”), c’est-à-dire tôt le matin ou tard le soir, juste avant le lever ou coucher du soleil. C’est un moment qui marche toujours pour réussir à capter de belles lumières. Après ce qu’il faut aussi, c’est ne pas hésiter à faire des choses différentes, car la photographie, ça reste de l’art, et l’art est subjectif.

As-tu un “rêve photographique”?

Oui, j’ai des projets, mais je ne peux pas les révéler 😉

Si je devais donner un rêve photographique, ce serait un jour de couvrir les Jeux Olympiques, ou bien des photos de portraits de personnalités très connues. C’est quelque chose qui reste marqué dans l’Histoire, la carrière du photographe mais aussi de l’athlète, de l’événement. Produire des images qui restent gravées à tout jamais.

Le mot de la fin: pour toi la montagne c’est … un lieu de partage et de rencontre.

Suivez le travail et découvrez les plus belles photos de Mathis Dumas sur instagram !

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